Laure Manaudou, l’égérie de la natation française, est parfaitement consciente de la responsabilité qui sera la sienne à Beijing, où elle aura à défendre son titre en 400 m libre. Elle que l’on a vue éclater en sanglots il y a trois mois à la nouvelle qu’elle avait été reléguée en troisième position sur sa distance favorite aux championnats de France à Dunkerque.
Une Roumaine, Camélia Potec, de surcroît entraînée par son ex-préparateur physique, Philippe Lucas, prenait la première place, suivie par Coralie Balmy, celle qui, en novembre 2007 à Montpellier, l’avait déjà humiliée en remportant le 800 m libre avec une avance de pas moins de trois secondes. Et que dire de la perte, en mars à Eindhoven, de son record du monde, en faveur d’une rivale amoureuse, l’Italienne Federica Pellegrini, qui faisait brillamment 4’01″53 là elle n’avait fait « que » 4:02.13?
Aussi c’est une Manaudou prudente, et même peut-être un tantinet lasse, que l’on a vue déclarer à Colombes, dernier rassemblement de l’équipe des Bleus, avant le départ pour la Chine, que Beijing serait un défi autrement plus difficile à relever qu’Athènes : « Je veux faire de mon mieux. Je ne dis pas que je vais devenir championne olympique comme il y a quatre ans parce que ce sera beaucoup plus dur. »
Pour mettre toutes les chances de son côté, Manaudou enfilera la combinaison rivale du miraculeux Speedo , signée par Arena. Elle compte aussi profiter du surplus de motivation qui lui vient paradoxalement de la perte de sa réputation d’invincibilité au 400 m : « C’est plus facile, je ne suis plus la meilleure au 400 m. C’est plus facile d’arriver la cinquième, la sixième ou la septième que la première parce qu’alors on observe tous vos gestes et on est sous une pression énorme », souligne la sirène tricolore. Elle reconnaît cependant qu’la finale prévue le matin rendrait les choses « plus compliquées ».
Tout en reconnaissant qu’elle a perdu quelques plumes, Manaudou estime cependant que sa réputation reste en grande partie intacte : « Même si mes réactions ne sont pas aussi rapides, les autres nageurs s’attendent quand même à ce que je fasse de belles performances. Ils savent que je suis capable de grandes choses dans un bassin. »
A la question de savoir si elle privilégierait sa distance favorite, la Française, qui est aussi engagée pour le 100 m et le 200 m brasse, a répondu sans hésiter par l’affirmative. Mais celle qui a procuré à la France sa première médaille d’or féminine en natation ne dédaignera pas un titre sur une autre course, d’autant qu’après les Jeux elle compte justement consacrer ses énergies à des distances plus courtes : « J’en ai ras le bol de faire le 400 m. On m’en demande tellement sur cette distance que ça me lamine à la fin. »